Le tarot de Dionysos

Interprétations Daimonax ©

 

 

INTRODUCTION (5/5)

L’architecture interne du tarot (3/3)

Dans la seconde série de neuf cartes à répartir ressort en premier une série de trois éléments liés par leurs noms « célestes » : Le Soleil, La Lune et L’Etoile, qui répondent aux trois éléments du pouvoir sur terre déjà repérés. Le Soleil se place naturellement, dans cet ensemble, côté masculin, sous L’Empereur, et La Lune côté féminin, sous L’Impératrice, et bien entendu L’Etoile au centre de cette ligne.

Deux autres cartes se placent toutes seules aussi, par jeu de symétrie avec la série supérieure. Le Mat, la carte sans numérotation, occupant la position occupée en haut par son modèle inversé L’Hermite, toutes deux présentant un personnage masculin, d’âge mûr avec barbe, sur un chemin, l’un en apparence sage et prudent et l’autre, un fou, mordu par une forme animale.

   

Et en face, de l’autre côté, Le Jugement qui, par le nom, répond parfaitement à La Justice à cette place, présentant une opposition entre justice des hommes et justice divine, illustrée par la résurrection de la chair lors du Jugement dernier, thème théologique très influent au Moyen Age. Le rapport terrestre-céleste est du même ordre que celui qui apparaît entre la double série de trois relevées plus haut, Empereur-Soleil, Impératrice-Lune et Chariot-Etoile.

   

Cet Hermite fou, sans nombre, a pour nom Le Mat, or « mat » signifie « mort » en arabe, comme l’expression « échec et mat » l’a conservé, car il faudrait dire le cheik – le roi – est « mort » – racine que l’espagnol a conservé evec matar et matamore, par exemple. Une légère influence arabe, du moins vue de l’extérieur, n’est donc pas à exclure non plus pour le tarot ; d’ailleurs, l’emploi de chiffres arabes pour relier 1 et 11 en haut ou le 12 et 21 en bas est certainement plus parlant, par l’usage de glyphes employés, pour écrire les nombres, que les chiffres romains des éditions du tarot que nous connaissons par le biais des imprimeurs anciens : 1-11, 12-21.

L’opposition entre le « mort » (Le Mat) et une image de résurrection avec la 20 le Jugement se révèle alors clairement, et oblige à mettre la carte sans nom, la 13, figurant justement la mort, au centre de cette série, comme liaison entre le « mort » et sa résurrection promise.

Une carte sans nombre « le mort » et une carte sans nom « la mort » forment en parallèle, par cette carence symétrique, une paire à part, liant le mort individuel lui-même et la mort dans son principe. Cette image de la mort, vue comme principe « innommable », suivant en cela d’anciennes superstitions – les morts eux-mêmes étant « innombrables » –, destin de tout mortel ici-bas, répond bien par ailleurs, en symétrie, avec la notion de hasard et de destin aussi véhiculée par le nom et l’image de La Roue de la Fortune, située à la même place dans la série du haut.

      

La place occupée par L’Etoile dans cette grille, avec cette femme versant de deux récipients un liquide, l’un dans la rivière et l’autre sur le sol, fait placer à une position symétrique en bas l’autre carte présentant aussi une femme avec les deux mêmes ustensiles, la 14, La Tempérance.

   

Par leur place et leur relation, ces deux cartes sont parfaites pour une symétrie avec les deux cartes placées aux mêmes endroits dans la série supérieure, par une opposition marquée entre homme et femme (Amoureux-Tempérance ; Chariot-Etoile), placés à leur tour chaque fois face à une paire, deux femmes ou deux chevaux pour la paire masculine en haut, et ces deux œnochées, ces paires d’accessoires pour les deux figures féminines inférieures. Les détails structuraux de l’iconographie encore une fois confirment ce placement.

Les deux cartes restantes se placent donc aux deux angles inférieurs encore libres, Le Diable, la 15, occupant tout en bas une place naturelle côté masculin en opposition au Pape tout en haut, la 5. Aux deux moinillons consultant le Pape répondent alors les deux diablotins accompagnant Le Diable. Quant à La Maison Dieu, côté féminin, dont l’image semble avoir peu de rapports immédiats avec le nom, qu’elle s’oppose à La Papesse dans cette disposition n’a rien d’illogique, comme une paire reliant la religion et la doctrine, représentées par l’allégorie de La Papesse, et le nom même de Maison Dieu, ou l’église, avec ou sans majuscule.

Le plan général du tarot de Marseille est donc celui-ci :

C’est alors qu’apparaissent les « faiblesses » des autres versions connues du tarot qui, lorsque leurs cartes s’éloignent du modèle marseillais, par leur dessin ou par leur nom, perdent leurs « indices » de placement. Remplacer le nom « Justice » par celui de « Balance », par exemple, rompt la liaison existant entre Justice et Jugement. Cet essai réussi du placement des lames sur une grille, jamais aussi parfait qu’avec le modèle marseillais, confirme ce qui n’était qu’une intuition forte faisant du tarot de Marseille le modèle le plus pur ou le plus achevé, et sans doute la version la plus proche du modèle premier dont tous les tarots sont dérivés.

Si la question d’une origine hétéroclite ou unitaire des images du tarot n’est pas totalement réglée pour autant, au moins leur réinterprétation et leur synthèse se sont-elles opérées avec une cohérence d’ensemble très solide, qui sera bien utile pour l’interprétation analytique de chacune des lames majeures, qui pourra être considérée avec ses relations aux autres cartes.

Cette disposition oblige à considérer ensemble les deux personnages masculins des deux lames ouvrant, côté masculin, les deux séries, Le Bateleur et Le Pendu, comme il faudra considérer ensemble les deux personnages féminins terminant chacune des deux séries, celle du Monde et celle de La Force. Et par la suite les deux développements dans la colonne centrale de chacun, L’Amoureux et Le Chariot, qui présentent le même jeune homme comme personnage principal que sur Le Bateleur et Le Pendu ; et les jeunes femmes de L’Etoile et de La Tempérance, qui devront nécessairement être associées avec la femme de La Force et celle du Monde, du moins appartenir à une même catégorie féminine.

Identifier le jeune homme de ces cartes, puis par déduction ces femmes symétriques, permettra de décrypter l’ensemble, de reconnaître la ou les traditions anciennes sous-jacentes, et évaluer la part et l’importance des réinterprétations iconographiques tardives, ayant introduit ici des figures chrétiennes ou là astrologiques, ou typiquement médiévales, par altérations de détails ou plus radicalement par substitutions complètes. La part de certitude dans les interprétations à venir des figures dépend alors de l’importance ou du nombre des remaniements et des réinterprétations ; l’aspect disparate des sources étant dû essentiellement aux degrés et origines de ces remaniements postérieurs d’un ensemble qui avait à l’origine une unité interne forte, comme cette première étude préliminaire sur son architecture a pu le mettre en évidence.

Les chapitres à venir tenteront de faire la démonstration que ce jeune homme du tarot de Marseille est bien Bacchus, le Dionysos adolescent, et que ces cartes figurent pour l’essentiel des scènes de rituels initiatiques ou de « mystères » dionysiaques, teintés d’orphisme, avec bacchantes et satyres, et même Silène.

 

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