Le tarot de Dionysos

Interprétations Daimonax ©

 

 

INTRODUCTION (1/5)

Char de BacchusCet essai soutient la thèse que l’iconographie du tarot de Marseille a une origine romaine, et plus précisément dans le cadre des initiations dionysiaques de l’Antiquité tardive.

De manière plus ou moins nette, selon l’importance des remaniements, réinterprétations et autres contaminations qui ont abouti à ces images avec des personnages d’allure médiévale, bien des éléments de ces lames ont en effet des équivalents, indiscutables ou fort probables selon les cas, dans l’iconographie bachique romaine –  et parfois, pour les traits les plus anciens conservés du rituel, jusque dans l’art archaïque grec – ou font écho, en les éclairant, à des textes anciens évoquant ces rites secrets de l’Antiquité.

Si ces pages arrivent à convaincre le lecteur que les images des lames majeures du tarot de Marseille ont une source dionysiaque, l’objectif de cet essai sera atteint. Avec l’espoir aussi que quelques théories ou hypothèses incidentes issues de cette source nouvelle alimentent les discussions sur des points touchant au dionysisme actuellement controversés ou, à l’inverse, trop établis, ou fournissent des pistes nouvelles pour d’autres recherches.

L’enquête a consisté à rechercher dans l’iconographie et la littérature antiques des équivalents aux figurations du tarot, en un double mouvement : du tarot de Marseille vers cette iconographie antique (ou de textes anciens) et de ces sources antiques vers le tarot.

La moisson s’est révélée « miraculeuse » pour près de la moitié de ces cartes, transformant ce qui n’était qu’une intuition de départ en une certitude. De ces premiers résultats positifs, bien au-delà de toute espérance, il a été possible de dégager les processus d’altération et de réinterprétation du modèle romain, qui consistent surtout en une sorte d’« habillage » médiéval, respectant (avec plus ou moins de fidélité) la structure générale des éléments constituants primitifs ou certains détails parmi les plus signifiants.

Deux couches de significations ou sens particuliers peuvent alors aisément se recouvrir ou se substituer l’une à l’autre, tout en conservant une sémantique globale identique, l’un dionysiaque, l’autre médiéval. Cet « habillage », sorte de masque ou de voile, dans un second temps, quand les premiers imprimeurs se sont saisis du modèle pour en faire des jeux de cartes pour le divertissement, a inspiré quelques nouvelles altérations de détail, dues généralement à une mauvaise compréhension du modèle. Ainsi, après l’« habillage », viennent des réinterprétations successives, qu’il est alors parfois aisé de reconnaître et de « corriger » en fonction du modèle bachique reconnu.

Ce mécanisme d’habillage et de réinterprétations ainsi déterminé, formant une sorte de dictionnaire d’équivalences de symboles ou de personnages, a permis ensuite de relier à cette source bachique encore près de la moitié des images du tarot non retrouvées dans les sources antiques disponibles, et qui paraissaient d’apparence « purement » médiévale, voire totalement chrétienne, cette « traduction » validant, par ses résultats positifs, les processus d’altérations successives reconnus précédemment.

Bien peu d’entre elles, à la fin de cette étude, échappent encore à une identification précise avec un modèle bachique, quoique les constituants de ces dernières images restent dans des relations trop étroites avec d’autres lames déjà clairement reconnues comme dionysiaques pour être exclues de l’ensemble, et donc de cette source ancienne liée aux mystères de Bacchus. Il était difficile qu’il en soit autrement, car les connaissances modernes sur ces pratiques religieuses sont encore très lacunaires en raison du secret qui prévalait autour d’elles, qui oblige la recherche à recourir à de nombreuses conjectures qui ne peuvent rester qu’au stade d’hypothèses.

Les quelques informations tirées du tarot, appréhendé désormais comme un ensemble pouvant être mis « en série » avec d’autres ensembles antiques liés au bachisme, en suivant une méthode « comparatiste », se sont néanmoins avérées suffisamment riches pour confirmer ou corriger certaines des hypothèses actuellement établies ou discutées.

Comme la « découverte » principale (due au hasard...) exposée ici consiste en cette part dionysiaque de la plupart des figurations du tarot de Marseille, la recherche de ces sources et l’analyse des figurations de ce jeu de cartes ancien, d’abord dans son ensemble puis carte par carte, serviront de fil conducteur à cet essai, de porte d’entrée au(x) dionysisme(s), aux mystères bachiques. Chaque fois que l’occasion se présentera, une « digression dionysiaque », en effet, viendra éclairer un point obscur ou discuté du bachisme, ou poser une hypothèse nouvelle sur celui-ci, souvent grâce aux informations tirées d’une figuration du tarot ou parce que le thème a recoupé d’autres études personnelles sur ce sujet qui n’auraient pas trouvé place ailleurs.

L’entreprise n’est pas sans risques, car ses résultats bouleversent bien des certitudes. Que ce soit du côté des « tarotologues » et autres « ésotéristes », qui verront ici pratiquement toutes leurs exégèses indirectement réfutées. Ou que ce soit du côté de quelques spécialistes de l’Antiquité, souvent bardés de titres prestigieux et jouissant d’une autorité indiscutée (tout en se plaignant parfois d’être mal compris par leurs pairs ou de leur hiérarchie !). Certains n’apprécient pas en effet de se voir contredits.

Cet essai n’a pourtant pas la prétention de tout expliquer une bonne fois pour toutes, et les lames du tarot et les rites bachiques dans leur intégralité. Il n’a pas non plus le dessein de dévaloriser les spécialistes de l’Antiquité ou de l’histoire des religions, malgré les réfutations développées ici, qui ont largement mérité reconnaissance et estime, tant de leurs pairs que de leur « public », et sans lesquels cette étude n’aurait jamais pu commencer tant leurs ouvrages sont de qualité (voir bibliographie). Ce n’est qu’une contribution partielle, faite pour être discutée, complétée ou à son tour corrigée ou complétée si des éléments nouveaux sont apportés, un essai d’étape qui pose au final plus de questions et de réfutations qu’il n’aura apporté de réponses. A l’issue de cette enquête, quelques éléments de réponse ou de nouvelles hypothèses, concernant par exemple l’origine et la transmission de cet ensemble iconographique, seront formulés dans la conclusion.

Racine du site bacchos.org

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