Le tarot de Dionysos

Interprétations Daimonax ©

 

 

III. – Silène et la domina dans le tarot (3/8)

3 et 4. L’Impératrice et L’Empereur (1/3)

Au couple Papesse-Pape répond symétriquement celui constitué par L’Impératrice et L’Empereur. Comme pour le couple papal, le couple impérial est représenté siégeant sur un trône, avec une coiffe exprimant leur pouvoir, leur titre et leurs fonctions ; et le personnage masculin arbore également une barbe blanche. Mais L’Impératrice et L’Empereur tiennent en main le même sceptre, un sceptre qui, comme celui du prince du Chariot, reprend la forme générale du thyrse bachique, avec une croix en plus le surmontant.

L’image romane – et même carolingienne – de la sphère céleste surmontée de la croix chrétienne est bien connue déjà, à la différence que cet objet symbolique se limitait à la sphère et à la croix, sans le manche comme ici. Substituer, comme l’a fait l’imagier, le pampre ou la pomme de pin du thyrse par cet objet carolingien est des plus habiles comme « habillage masquant », car cela donne une chose immédiate à voir, propre au contexte moyenageux, mais conserve les caractéristiques des formes de l’objet substitué. Cependant, cette ressemblanche morphologique ne prouve pas à elle seule que ce couple est, comme pour Le Pape et La Papesse, constitué de la domina et de Silène, et appartient aux rites orphico-dionysiaques.

En tout cas, le bas de la robe de L’Impératrice présente déjà cette forme fine et sinueuse reconnue sur d’autres cartes comme étant un serpent de bacchante. Bien dissimulé en pli inférieur de la robe, il dépasse cependant anormalement sur le côté pour être confondu avec un gros ourlet, et confirme ainsi sa nature reptilienne. En appliquant le vocabulaire graphique de ces formes stylisées établi précédemment, les pointes triangulaires de la couronne de L’Impératrice forment la couronne de lierre d‘une bacchante.

  

Il y a donc tout lieu de penser que, ici encore, il s’agit d’une bacchante, mais pas n’importe laquelle, dans la même relation que celle relevée entre Le Pape et La Papesse. Dès lors il existe de fortes présomptions qu’il s’agisse encore du couple domina-Silène, mais d’autres indentifications dionysiaques restent ouvertes, et même plus largement dans le panthéon orphique.

L’écusson qu’elle tient tel qu’il est n’appartient nullement au monde romain, il doit dès lors être considéré comme un substitut à un élément très marqué du bachisme, qui ne pouvait être conservé intact sans dévoiler la nature dionysiaque de la scène. C’est donc de la posture et du geste permettant de tenir cet écu qu’il faut partir pour tenter de retrouver un modèle ancien. Et le premier qui se présente vient encore de la villa des Mystères de Pompéi, sur la scène centrale de la mégalographie. Mais au lieu d’enlacer dans son bras un blason comme l’Impératrice, cette femme enlace le Bacchus tout retourné de sa catabase et de sa remontée par un pied, abordé lors de la première digression dionysiaque autour du Pendu du tarot.

La digression sur le Bacchus de la villa des Mystères et la nouvelle interprétation proposée pour la scène centrale avaient laissé de côté cette figure féminine centrale. La ressemblance de la posture et du geste d’enlacement entre cette femme et L’impératrice est si frappante qu’il faut poursuivre les digressions dionysiaques entamées atour de cette fresque parmi les plus célèbres de Pompéi.


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