POMPÉI.
Maison de Marcus Fabius Rufus.
L’œcus d’Apollon et Vénus (cubiculum)

En réalité c’estt un cubiculum, une chambre à coucher, mais de la taille d’un œcus ou triclinium, alors que d’ordinaire les cubicula sont de petite taille, comme l’indique le diminutif « ulum » de cubiculum. Décor du IVe style. La pièce étant largement éclairée par une grande baie, donnant jadis sur la mer, elle a reçu un fond noir pour adoucir la luminosité.

 

Phaeton, Apollon et Vénus avec un Amour.
La corniche derrière Phaéton dessine un demi-cercle sur un côté de sa tête, complété de l’autre côté
par l’arrondi de son geste du bras doublé par le pli de son manteau tiré. Cette sorte de nimbe

est une caractéristique de Phaeton – « le Brillant » –, du moins dans une série dérivée d’une œuvre hellénistique
qui a donné lieu à quelques variations durant la période impériale, comme cela semble le cas avec cette peinture.
On peut en effet la rapprocher d’un tableau venant de la maison de Gavius Rufus, à Pompéi encore,
qui présente beaucoup de points communs.


Bien que ce tableau présente deux personnages féminins supplémentaires, on reconnaît très nettement
un modèle commun, avec Apollon-Hélios au centre assis sur un trône tenant sa torche semblablement,
le jeu symbolique avec les deux torches, l’une bien droite tenue fermement,
et l’autre horizontale, en position de mettre le feu,
On notera aussi que ces deux variations présentent une perspective commune,
avec deux point de fuite latéraux, et une position en contreplongée pour le spectateur,
une caractéristique qui devait être présente sur l’original hellénistique (perdu, bien entendu).



  
Deux manières d’exprimer l’opposition, suggérée à travers les torches, évocation détournée du mythe,
invention sans doute du modèle commun repris par ces deux peintres,
le peintre chez Gavius Rufus a juxtaposé les deux objets pour en marquer l’antithèse,
quand celui de Marcus Fabius Rufus les oppose entre haut et bas du tableau.

Sur le tableau de comparaison de la maison Gavius Rufus, le nimbe de Phaeton est bien représenté,
alors que, chez Marcus Fabius Rufus, il est exprimé de manière plus indirecte,
par des illusions d’optique avec son cadre de décor (un peu comme le fit aussi Salvador Dali),
poursuivant davantage le jeu subtil du « second degré » dans la variation suivie du thème,
qui fait l’originalité de cette œuvre.
.
  

C’est surtout sur la représentation de Vénus, dans la même attitude, pratiquement la même pose,
placée de manière identique dans la composition générale, à droite,
ouvrant son voile pour dénuder sa poitrine, que ces deux peintres s’accordent le plus dans leur « copie ».
Néanmoins, cela n’empêche pas certaines libertés d’interprétation,
dans l’orientation de la tête et du regard entre autres,
et le souci de suivre la mode du moment chez Marcus Fabius Rufus en ajoutant un Amour à la déesse,
ou une large feuille à la main, attribut récurrent qu’on retrouve ailleurs
dans d’autres situations, avec d’autres personnages aussi.
(Pour le griffon et la roue, voir page précédente, commentaire sur le cubiculum IIe style.)

   

C’est sans doute le tableau venant de la maison de Gavius Rufus qui est le plus proche d’un original hellénistique,
mais la façon d’aborder ces copies pour répondre aux goûts des riches commanditaires romains,
patriciens ou parvenus, a laissé beaucoup de liberté aux artistes décorateurs,
qui ont joué de variations parfois originales
sur des thèmes et « compositions » des maîtres hellénistiques
en suivant les modes du moment, comme des « interprètes »,
suivant la même approche que l’on a en musique, où des interprètes, en jazz, pop ou rock,
reprennent et adaptent avec leur personnalité ou les sons du moment,
« remixent », « revisitent » des œuvres de compositeurs antérieurs
devenues ainsi des standards, ou des « thèmes iconographiques » pour la peinture romaine.
Chez Marcus Fabius Rufus, les concessions aux goûts du moment, et du commanditaire,
répondent bien à la mode « bling-bling » des nouveaux riches arrogants,
en intégrant des objets exprimant le luxe, et ainsi la richesse du proriétaire
– ici la cruche en verre, ailleurs des objets d’or ou d’argent –,
qui permettent aussi à l’artiste d’exprimer son talent avec un tape-à-l’œil
fait de reflets de lumière ou d’effets de transparence,
propre à impressionner la commanditaire ou ses visiteurs.
Parmi les effets de mode, celui de mettre un Amour en conseiller derrière un personnage,
ce qui sera le thème récurrent de tous les tableaux de cette pièce,
qui en constitue le principal point commun.

A noter aussi, la manière qu’a le peintre de représenter les cheveux, légèrement frisés aux mèches
bien distinctes, bien nettes quoique exécutées rapidement, avec rythme, ainsi que le sfumato pour l’ombre
faisant le relief et le détour du visage et du menton.

  

Une technique et une esthétique qu’on retrouve sur une fresque du temple d’Isis (au musée de Naples),
même s’il est impossible d’affirmer que c’eest la même main, on moins peut-on
reconnaître la même école. Les coloris aussi sont identiques.

La tradition icongraphique du mythe de Phaéton, telle qu’elle se présente ici,
semble différer sensiblement de la tradition écrite,
qui ignore, semble-t-il, le rôle de Vénus dans le déroulement narratif.
A-t-on affaire ici à une version particulière qui aurait substitué des torches au char solaire,
et qui ferait aussi intervenir Vénus dans l’histoire, une version distincte de celle que nous ont transmise
la tradition littéraire des anciens poètes, comme Ovide
(Métamorphoses), ou les mythographes ?

Ariane et Dionysos, accompagné de sa panthère avec aussi un Amour en conseiller à Naxos
(Thésée s’éloigne au loin dans son navire voguant vers Athènes, après avoir abandonné la fille de Minos).
Quoique la peinture soit un peu dégradée, on devine l’effet « bling-bling » recherché
avec le canthare d’argent au sol, ou le
rhiton en or tenu par l’Amour conseiller.


Hermaphrodite (à droite), dans le rôle strictement féminin d’aller chercher de l’eau.
Le « bling-bling » clinquant est toujours bien présent avec l'hydrie d’or posée au sol.
L’homme qui la déshabille, inspiré encore par Eros, n’a pas encore découvert le sexe masculin sous son manteau :
d’ordinaire, les peintres
choisissent pour illustrer ce thème le moment suivant, où le séducteur entreprenant,
après avpoir suffisamment relevé le voile habillant cette figure bisexuée,
achevé le geste et l’action dont on voit seulement le début esquissé ici, découvre avec effroi et horreur
le sexe masculin d’Hermaphrodite, que ce soit Pan, un satyre ou un simple mortel.


Musée de Naples, « cabinet secret », Pan découvre le sexe d’Hermaphrodite,
le geste et la manière de déshabiller sont identiques pour les deux tableaux.

Décor général

  

Melpomène, muse de la tragédie. Rmarquable monochrome.

Femme au balcin du gynécée se préparant à une dévotion dionysiaque
(pomme de pin dans un plateau, brindilles en main pour allumer un feu).

 

  
A gauche, une autre figuration de Vénus, ouvrant aussi son voile pour dénuder sa poitrine.
Dans sa position décorative mise en hauteur, en position centrale,
elle semble compléter l’unité thématique de la pièce relevée avec les Amours
présents sur chacun des tableaux principaux.

Deux muses (à droite Euterpe, muse de la musique).

Suite, œcus d’Hercule

Présentation
Cubiculum IIe style
Œcus d’Apollon

Œcus d’Hercule
Suite décorations 1
Suite décorations 2
– Œcus de Narcisse,
 pinax des cubicula

– Plafond rouge, Amours divers
péristyles intérieurs, graffiti
Adeline fouille le jardin
de cette maison

 

 

Racine du site bacchos.org

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